Les suites du bombardement de Pâques 1944

6 juin 2020 0 Par EDITEURS
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Le 10 avril 1944, après une nuit d’horreur, l’aube se lève sur une scène d’apocalypse à Lille-Délivrance.

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En effet, les bombardiers anglais, quelques heures auparavant, ont détruit les installations de la gare de triage. Ils ont rasé près de la moitié des maisons de la cité des cheminots. Des bombes ont même éventré certains murs de la prison de Loos, permettant à de nombreux résistants qui y étaient incarcérés de s’échapper. Ce bombardement a fait des centaines de morts et de blessés, à Lomme surtout, mais aussi dans les communes environnantes.

Cet événement a profondément traumatisé ceux qui l’ont vécu, à tel point que 76 ans plus tard, il est toujours présent à la mémoire, symbolisé par une stèle du souvenir portant le nom des victimes devant laquelle se déroule une cérémonie de recueillement chaque année à la date anniversaire.

Au printemps 1944 règne une atmosphère de psychose et toujours on se demande : et s’ils revenaient ? C’est ce que relate en mai 1944 le commissaire des renseignements généraux au préfet de Lille. Dans ses notes du mois de mai, il fait allusion à différents messages émis par la radio de Londres. Un message enregistré le 7 mai proclamait : « si l’Homme renaît, nous reviendrons. » Il déclare que les gens le traduisaient par : « si Lomme-Délivrance reprend son trafic, le bombardement reprendra ». 

De même il rapporte, le 12 mai :

« La rumeur a couru que le 11 courant à 21 h 15, la BBC a lancé le message suivant :

« Nous reviendrons le 19 courant dans la capitale du département où nous avons fêté le dimanche de Pâques. »

Le message ci-dessus a suscité une vive émotion parmi la population de Lomme et de Lambersart particulièrement éprouvée au cours de ce raid, et il n’est à prévoir que pour le 19 courant et la nuit bon nombre d’habitants de ces localités quitteront leur foyer pour se mettre en sécurité dans les localités environnantes. »

Les bombardiers ne revinrent pas. Cela est certainement dû au fait que la première opération avait atteint son but. Au mois d’août encore, le trafic n’avait toujours pas repris. Deux courriers en date du 10 août conservés dans les archives de la préfecture du Nord à Lille l’attestent. Le premier déclare qu’à ce jour, 301 ouvriers sont toujours occupés à remettre en état les installations de la SNCF. Le second tire le bilan suivant :

« Depuis les bombardements aériens massifs, effectués en avril et mai 1944 sur les installations ferroviaires par l’aviation anglo-américaine, les transports de marchandises par voie ferrée sont pratiquement interrompus. En effet, un seul train de messagerie arrive et part de Lille journellement ; ce train n’assure que l’acheminement de colis peu volumineux. »

L’objectif, certes au prix d’un coût humain élevé, avait donc été atteint. La gare de triage de Lille-Délivrance avait bien été rendue inutilisable. Les Allemands ne purent s’en servir pour acheminer hommes et matériels en renfort sur le front de Normandie. Il en fut donc vraisemblablement ainsi jusqu’à la libération de la région au début du mois de septembre 1944.

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