Le mirador du triage de Délivrance

23 septembre 1996 0 Par EDITEURS
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Une inscription « La délivrance » rappelle que de cet endroit les troupes anglaises partirent délivrer Lille de l’occupation allemande le 16 octobre 1916. Conçu par l’architecte G. Umbdenvok, le mirador possédait un ascenceur, mais aussi 113 marches métalliques qui conduisaient aux postes clefs,
L’ingénieur Dautry avait imaginé en 1921 de mettre un point final au courant architectural de l’époque et de construire un ouvrage portant le sceau de l’art florentin.
Le mirador qui ressemblait comme deux gouttes d’eau à un beffroi, permettait de surveiller d’un regard panoramique les 100 hectares de la gare. Sous la flèche fonctionnait une gigantesque horloge lumineuse. De son sommet, on pouvait apercevoir par temps clair, les hauteurs de Vimy surplombant le bassin minier.
Les Allemands pendant la seconde guerre mondiale ne s’y trompèrent pas puisqu’ils l’utilisèrent comme poste d’observation. Par ailleurs la verticalité de cette tour, rompait la monotonie de l’étendue plane du triage.
Sa fière silhouette dominait la région et donnait un point de repère aux promeneurs égarés.
Oui, je rêve, j’ai toujours rêvé. Souvent, le mirador m’apparait en songe, attache de mon passé, je ferme les yeux un long moment et je revoie cette construction austère, insolite, noircie par le temps, abandonnée pendant plus de 40 ans et pourtant toujours debout au milieu de l’impressionnant réseau de voies.
Plus personne ne pouvait y monter car les 113 marches étaient corrodées par la rouille et l’ascenseur était hors service depuis des décennies. Pendant longtemps, le dernier étage devint le refuge idéal des pigeons qui procréaient en toute tranquillité.
On fut même obligé de détourner différentes voies car l’ensemble devenait dangereux.
Comme tout ce qui vieillit, un jour se posa Ie problème de sa démolition, problème épineux car une bombe anglaise lâchée dans la nuit du dimanche au lundi de Pâques 1944 reposait encore, coincée dans les fondations impossible à désamorcer car aucun accès n’était possible.
La destruction fut décidée pour le 8 décembre 1981 avant 16 heures. Cinq kilos d’explosifs placés à deux mètres de hauteur furent nécessaires pour mettre à bas ce géant de 45 mètres de haut et pesant 500 tonnes tout en béton, vestige des années vingt.
Un périmètre de sécurité fut établi, ce qui n’empêcha pas une foule de cheminots nostalgiques, curieux de venir voir avec un certain regret s’affaisser dans un nuage de poussière un des symboles de leur jeunesse.
Nombre de matériaux purent être récupérés, entre autres la cloche de bronze qui maintenant est visible au district cite. Par contre, je ne sais pas où a fini la pointe extrême de l’édifice c’est-à-dire le paratonnerre, un composé d’une matière rare (peut- être du diamant).
Ainsi mourut d’une seule explosion, cet ouvrage portant le sceau de l’art florentin.
André Jacquart.

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