Grégory CÉLERSE raconte le sauvetage d’enfants juifs

20 décembre 2016 0 Par EDITEURS
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Grégory CÉLERSE, guide à l’office de tourisme de Lille, a rédigé un livre consacré au sauvetage d’enfants juifs le 11  septembre  1942 par des cheminots. Rencontre avec le Lommois.

Comment avez-vous eu connaissance de cet épisode de la Seconde Guerre mondiale ?

J’ai écrit deux livres traitant de la résistance et de la collaboration durant cette période dans la région. Lors de mes recherches pour La traque des résistants nordistes, 1940-1944, j’ai appris ce qu’avait fait Léon LESER, cheville ouvrière du sauvetage de ces adultes et enfants juifs français naturalisés. J’ai pu rencontrer un de ses fils, Edgar, qui a été caché avec son frère par l’abbé Stahl suite au sauvetage par les cheminots. Je savais que j’en reparlerai afin de dire qui étaient ces enfants et ces cheminots.

Vous évoquez une histoire méconnue…

Retracer cet événement a demandé 4 ans de recherche. Beate et Serge Klarsfeld n’avaient pas établi de liste sur ce fait. J’ai dû mener mes investigations de A à Z. J’ignore encore le nombre exact d’enfants sauvés. Au minimum 40, certains parlent de 80 enfants… Il s’agirait de la plus grande évasion d’un convoi vers Auschwitz. Grâce à un travail de fourmi, j’ai identifié 35 personnes, dont 22 enfants. Ces recherches ont d’ailleurs été partagées dans un premier temps avec Patrick Lecoutre, ancien directeur de l’Observatoire de la ville de Lille, qui m’a contacté pour que je travaille avec lui.

Comment s’est déroulée l’opération ?

Des cheminots avaient repéré que des enfants étaient dans le convoi les envoyant en déportation, au camp de transit de Malines en Belgique. Tandis que certains ont fait en sorte que le train s’arrête pour quelque temps, d’autres ont sorti les enfants et quelques adultes des wagons. Ces enfants ont été recueillis par Léon Leser notamment. Il va frapper à la porte du chanoine Duthoo qui lui conseille de se rendre au Buisson, à La Madeleine, et de se diriger vers l’établissement géré par l’abbé Stahl.

L’abbé Stahl a-t-il hébergé tous les enfants rescapés ?

Il est d’abord allé les chercher, avec sa propre voiture, là où ils étaient cachés. Puis les a répartis dans plusieurs foyers, à Loos, Marcq-en-Barœul, Bouvines…. D’autres hommes de foi ont secouru les rescapés : l’abbé Deconninck, l’abbé Vancourt… Le comité de sauvetage des enfants juifs a vu le jour.

Que reste-t-il aujourd’hui de cet épisode ?

Une plaque commémorative a été posée à la gare de Fives le 11 septembre 2016. L’inauguration a été particulièrement émouvante. 24 cheminots ont été recensés par le chef de gare de Fives, Jean Mabille. L’homme était empli de fierté. Mais peut-être d’autres cheminots ont-ils participé au sauvetage.

Comment s’est déroulée la cérémonie ?

Quelques survivants étaient présents. Les six enfants de la petite Germaine, extraite du convoi alors qu’elle avait 6 ans et toujours en vie, étaient venus saluer la mémoire des cheminots. Ils avaient fait le déplacement depuis Israël et du Canada. Quant au travail de recensement, il n’est pas terminé. Les enfants et les cheminots ne se connaissaient pas.

Vous n’en avez pas fini avec cette histoire…

J’ai l’intention de créer un blog. J’aimerais aussi que les cheminots soient reconnus Justes parmi les Nations. Je poursuis par ailleurs mes recherches et souhaiterais rentrer en contact avec les enfants de Madame Dupont, mariée à un plombier et sœur de l’abbé Deconninck. elle résidait rue de Paris à Lille et a caché des enfants. Je suis aussi à la recherche d’informations sur des cheminots qui habitaient à la Délivrance à Lomme, rue du Château d’eau. Les Marquilly ont accueilli des enfants, dont Simon Rosenpick.

« Sauvons les enfants », par Grégory CÉLERSE, éd. Les Lumières de Lille, 20 euros. Contact : nordoccupe@gmail.com

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