Le Docteur Jacques Cotes s’en est allé

6 février 2021 0 Par EDITEURS
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Etudiant, il se promenait à vélo du côté de Verlinghem et revenait souvent par l’avenue de Dunkerque, il aimait ce secteur et il s’y installera à la mi-décembre 1954, au 799 avenue de Dunkerque (ancienne menuiserie). La ferme Lescroart est encore en activité à cette époque (future demeure). En octobre 1955, il épouse Nicole qui va l’accompagner au quotidien dans ses nouvelles fonctions. La volonté est claire ; devenir médecin généraliste, plutôt qu’une carrière hospitalière, pour plus d’indépendance. Très vite, après son installation, la clientèle afflue. Il est accueilli à bras ouverts par les lommois et notamment par les cheminots, familles modestes qui accordent plus facilement leur confiance que dans d’autres milieux sociaux.

Les cheminots devaient s’adresser au médecin SNCF. Mais bien souvent, ne voulant pas partager des petits secrets de santé, ils préféraient consulter le médecin de la ville. Ce qui créait parfois des tensions avec les médecins SNCF qui se sentaient doublés par un médecin libéral. Le docteur a bien connu le dispensaire, domaine des infirmières et assistantes sociales. Après les hivers froids et humides, au dispensaire, les enfants victimes d’otites et d’angines à répétition se faisaient arracher les amygdales par un professeur venu du CHR…

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Jacques Cotes et quelques rédacteurs du Bavard

Le Docteur avait raconté une anecdote au Bavard, une Nuit de Saint Sylvestre en 1985 ; journée de neige et tempête, il est 23h30. Le téléphone sonne ; un patient a de fortes douleurs à la poitrine ! Enfilant son pantalon au-dessus de son pyjama, le docteur se rend chez ce patient en 2CV, rue Anne Delavaux. Le Diagnostic est rapide ; c’est un infarctus ! Le SAMU n’existe pas et les ambulances ne peuvent pas se déplacer à cause du temps. Le docteur prend l’initiative d’embarquer le patient à St Philibert, dans sa 2CV, accompagné du fils du malade. Avec quelques difficultés de circulation, le malade sera bien pris en charge à temps et sauvé. De retour, ayant froid au pieds, le docteur s’apercevra qu’il était toujours en pantoufles, n’ayant pas pris le temps de mettre ses chaussures après l’appel téléphonique…

Personnellement, mon papa et le Docteur se connaissaient bien. Sachant qu’il était diacre, en plaisantant, mon père lui avait demandé d’assurer son enterrement au cas où… Au décès de mon père, je suis allé voir le Docteur et quand il m’a vu ; il m’a tout simplement dit ; « je sais pourquoi vous venez me voir, je lui ai promis de l’accompagner dans son dernier voyage… Nous allons l’accompagner ensemble… »

Au-delà du Médecin et de sa grande humanité, certains d’entre nous ont eu la chance de le côtoyer dans les associations, au Bavard ou à la commission histoire… D’échanger avec lui et d’apprécier son humour et son intelligence…

Docteur, vous nous manquez déjà…

Jacques Cotes et quelques rédacteurs du Bavard

J.J LECOURT


Jacques Cotes, l’homme éclairé

Les rencontres avec Jacques aussi impromptues soient-elles ne se terminaient jamais sans quelques digressions sur l’évolution de notre société et ses conséquences sur nos comportements du quotidien.

Grand lecteur et possédant une immense culture il formulait sa pensée en termes simples sans jamais faire preuve de prétention ou de supériorité mais souhaitant propager un savoir et se plaisant à le partager.

Très présent à la bibliothèque des cheminots avant sa fermeture et fréquentant aussi la médiathèque il aimait y rencontrer des lecteurs afin de les aiguiller parfois vers des choix d’auteurs dont il avait apprécié la qualité d’écriture.

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Très éclectique il recueillait dans la littérature américaine et particulièrement Philip Roth les réflexions amères de cet auteur sur les inégalités excessives et les dérives raciales de cette démocratie mais savait également prendre de la hauteur en savourant la poésie et faisant découvrir un poète complexe et engagé, Fernando Pessoa, dont l’œuvre reste singulière et exigeante.

Dans nos réunions du Bavard ses interventions étaient souvent empreintes d’humour car sous un aspect d’homme respecté notamment par sa qualité de médecin se cachait une personnalité composite qui osait apporter des textes savoureux et comiques.

C’est ainsi qu’un soir, il nous fit la lecture d’un texte de Jules Mousseron, poète patoisant, narrant la mésaventure de Cafougnette tentant de grimper sur « l’biau manèg des qu’vaux d’bos ».

Je vous invite, cher lecteur, à retrouver le n° 25 de Juin 2001 de votre collection de Bavards et d’imaginer M. Cotes essayant de lire à haute voix, entre deux rires, ce texte en pur patois qui a fait écrouler toute l’équipe présente.

Parmi les nombreux souvenirs que l’on gardera de Jacques cette anecdote nous rappelle son humanité, sa proximité et son profond désir d’être parmi ses compatriotes où l’on trouvait de nombreux patients et se fondre au sein de la communauté des hommes.

P. HAIGNERÉ

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