Hôtel des agents des trains

11 mars 2023 0 Par Jean-Jacques Lecourt
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Être roulant à la SNCF, est souvent apparenté au vagabondage professionnel… Laissant imaginer que l’agent se laisse porter par ses missions, allant de gare en gare, tel un marin qui va de port en port… Pouvoir voyager : quel beau métier !

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Le wagon sur la gauche est équipé d’une guérite pour le garde frein

Il faut vite revenir à la réalité pour comprendre le pourquoi de ce besoin qui n’est pas si idyllique que l’on pourrait le croire. Avec le développement du chemin de fer et l’augmentation de la vitesse, les distances parcourues par les trains ont toujours été croissantes. Les étapes réalisées par les roulants (embarqués sur le train) ne permettent pas toujours de les faire revenir à leur résidence d’attache du fait de la réglementation du travail. Ce qui impose de pouvoir les accueillir dans un lieu où l’hygiène est irréprochable pour se reposer et se restaurer. Dans le jargon cheminot on parle de « découcher ».

Dans les années 1920, pour répondre à cette problématique et avec la construction des cités cheminotes, les compagnies feront bâtir des « Hôtels » pour le personnel roulant, à proximité des dépôts et des gares. C’est le cas à Délivrance, deux hôtels seront construits ; un pour le personnel de conduite à l’intérieur du dépôt (il sera détruit au bombardement de Pâques 1944), l’autre pour les agents des trains, rue Giraud (Le bâtiment a été démoli début 2020).

Pourquoi des agents des trains dans une gare de triage ?

Toujours à cette époque, le frein continu automatique « Westinghouse », système de freinage pneumatique commandé directement par le conducteur et répercuté automatiquement sur les véhicules freinés, n’est pas encore généralisé sur l’ensemble du parc ferroviaire. Les trains sont encore composés de wagons qui ont un système de freinage indépendant commandé par un garde frein ou agent des trains. Ce cheminot est positionné dans une guérite sur le wagon freiné, il serre ou desserre le frein en agissant sur une manivelle solidaire d’une vis sans fin, actionnée en fonction des coups de sifflet donnés par le mécanicien (conducteur de la locomotive) ! Naturellement il faut avoir la certitude que le convoi puisse s’arrêter et être immobilisé en toute sécurité. Donc, pour chaque train ; un savant calcul est réalisé, avant le départ, pour répartir le bon nombre de véhicules freinés en intégrant les différents paramètres du convoi ; sa vitesse de circulation, sa longueur, son tonnage, les pentes et les rampes du parcours emprunté conditionnant ainsi un certain nombre de gardes frein. Lorsqu’ils finissent leur service en dehors de leur résidence, ils se rendent à cet hôtel, où des chambres doubles les attendent. Des douches et des lavabos sont à disposition ainsi qu’une salle de repos, une cuisine pour préparer le repas et un réfectoire pour se restaurer.

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Réfectoire des Agents des trains de Délivrance vers 1922

Pour le personnel de conduite, composé du mécanicien et du chauffeur (il aide le mécanicien et assure la chauffe de la chaudière), le travail se fait en équipe et ils sont attitrés, pour le repos c’est pareil ; ils partagent la même chambre… Comme déjà indiqué précédemment ; ces hôtels sont dans les complexes ferroviaires ou à proximité immédiate, créant des situations cocasses… En effet, lorsqu’un train de marchandises de 2 000 tonnes circulant à 60 km/h passe à moins de 100 mètres de cet hôtel, sans double vitrages aux fenêtres ; vous avez tout simplement l’impression qu’il traverse votre chambre ! Ou, quand une locomotive tournant au ralenti, est stationnée sur une voie qui longe ce même bâtiment : la sensation de dormir dans une cabine de conduite vous fait regretter rapidement les ronflements de votre compagnon !

Le rêve devient plus difficile à atteindre…

JJL

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Hôtel des agents des trains qui se trouvait rue Giraud. Ph : M. GUILBAUT – Exclusivité Papeterie FRANCKEN – LOMME
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